Comment mesure-t-on la consommation des antibiotiques ?

Médecine humaine : classification des antibiotiques

Substances concernées

En médecine humaine, l’utilisation est évaluée pour les antibiotiques pertinents pour la surveillance de l’utilisation des antibiotiques et de la résistance aux antibiotiques. Ceux-ci sont définis dans les groupes anatomico-thérapeutiques-chimiques (ATC) suivants, conformément à la classification de l’OMS :

  • A07AA – Anti-infectieux intestinaux
  • J01 – Antibactériens à usage systémique
  • J04A – Antimycobactériens
  • P01AB – Dérivés du nitroimidazole

Les antibactériens à usage systémique (J01) constituent le cœur de l’analyse, tandis que les autres classes regroupent des antibiotiques utilisés pour traiter des infections spécifiques.
 

Classification AWaRe

L’OMS a mis au point la classification AWaRe afin d’orienter l’utilisation appropriée des antibiotiques. Elle répartit les antibiotiques en trois groupes principaux :

  • Les antibiotiques du groupe Access sont recommandés comme option thérapeutique de première ou de deuxième intention pour les infections courantes. Ils sont efficaces contre les bactéries les plus fréquentes et présentent un risque moindre de favoriser l’apparition de résistances. L’OMS recommande qu’ils constituent la plus grande part de l’utilisation des antibiotiques.
  • Les antibiotiques du groupe Watch présentent un risque plus élevé de développement de résistance. Ils doivent être utilisés avec plus de prudence et constituer des cibles prioritaires des programmes de gestion rationnelle (antibiotic stewardship) et de surveillance.
  • Les antibiotiques du groupe Reserve doivent être réservés au traitement de dernier recours des infections confirmées ou suspectées dues à des organismes multirésistants. Ils ne sont utilisés que pour traiter les infections sévères causées par des bactéries qui ne répondent plus aux autres antibiotiques. Ils doivent également être considérés comme des cibles prioritaires des programmes de gestion afin de préserver leur efficacité.

Outre ces trois groupes, l’OMS répertorie une catégorie « Non recommandée », qui comprend les associations à dose fixe de plusieurs antibiotiques dont l’utilisation n’est pas conseillée. Certaines substances sont également regroupées dans « Non classées », ce qui signifie que l’OMS ne les a affectées à aucune catégorie AWaRe. Chaque antibiotique est classé dans l’un de ces groupes en fonction de son code ATC.


Classes d’antibiotiques

Les antibiotiques peuvent également être regroupés en fonction de leur structure chimique et de leur mode d’action, là encore sur la base de leurs codes ATC. Parmi les classes courantes, on trouve les pénicillines, les céphalosporines, les macrolides et les quinolones.
 

L’analyse de l’utilisation par classe permet de déterminer quels types d’antibiotiques sont les plus fréquemment prescrits, tandis que la classification AWaRe indique dans quelle mesure cette utilisation est appropriée, notamment en ce qui concerne le développement d’une résistance bactérienne. Ensemble, ces deux perspectives offrent une vision plus complète de l’utilisation des antibiotiques.

Fermer

Médecine humaine : mesure de l'utilisation des antibiotiques

Afin de permettre des comparaisons dans le temps, entre régions ou entre différentes tailles d'établissements de santé, les données brutes de consommation (nombre d'emballages) sont converties en indicateurs. Ce processus suit la classification anatomique, thérapeutique et chimique (ATC) et la méthodologie de la dose journalière définie (DDD) établie par le Centre Collaborateur de l'OMS pour la Méthodologie des Statistiques Médicamenteuses.

  • Conversion des emballages en DDD: la première étape consiste à normaliser le nombre absolu d’antimicrobiens en DDD, qui représente la dose d’entretien moyenne par jour pour un médicament utilisé pour l'indication clinique principale chez les patient·e·s adultes.

    1. Calcul en grammes de la substance active : La masse de la substance active est calculée en multipliant le nombre d’emballages par le nombre d’unités par emballage (par exemple, comprimés, flacons) et par la concentration par unité de dose en grammes. Les doses en unités internationales sont converties en grammes. Pour les combinaisons d'antibiotiques, les inibiteurs d'enzymes (par ex, acide clavulanique) ne sont pas pris en compte dans le calcul de l'unité de dose. La dose des antibiotiques combinés (par ex. triméthoprime/sulfaméthoxazol) est donnée par l'OMS ici.

    2. Conversion en DDD : La masse de la substance active est ensuite divisée par la valeur officielle de la DDD attribuée par l’OMS, ce qui donne le nombre de DDD consommées au cours de la période d’observation.

  • Calcul des indicateurs : une fois le nombre absolu de DDD calculé, il est divisé par un dénominateur représentant la population ou l’activité hospitalière afin d’obtenir des indicateurs de consommation standardisés.
    1. DDD par 1000 habitants par jour 

      Cet indicateur est principalement utilisé pour les données nationales de ventes (IQVIA™) et les données issues de la facturation aux assurances maladies (santéservices ag). Il estime la proportion de la population traitée quotidiennement par un antibiotique spécifique.

      Méthodologie : Le nombre de DDD est divisé par la taille de la population correspondante (issue de l’Office fédéral de la statistique (OFS)) et par le nombre de jours de la période d’observation (par exemple, 365 jours pour un taux annuel). Le résultat est multiplié par 1000. La population résidante permanente au 31 décembre de l’année correspondante est prise en compte. Pour l’année la plus récente, la population utilisée pour calculer la DDD par 1000 habitants par jour repose sur une extrapolation basée sur la croissance observée les années précédentes. Ce chiffre est susceptible de faire l’objet d’ajustements mineurs une fois que les données officielles de l’OFS sont publiées.

    2. Nombre de prescriptions par 1000 consultations ou 100'000 habitants

      Cet indicateur est principalement utilisé pour les données publiées par le réseau Sentinella en milieu ambulatoire.

      Méthodologie : Le nombre de prescriptions (ou d’ordonnances) est divisé par le nombre de consultations (y compris les consultations en face à face et les visites à domicile). Le résultat est multiplié par 1000. Comme alternative, le nombre d’ordonnances peut être divisé par une population Sentinella calculée à partir de la population bénéficiant de soins primaires dispensés par les médecins participant au réseau Sentinella. 

    3. DDD par 100 journées d'hospitalisation

      Ces indicateurs permettent de normaliser l’utilisation des antibiotiques en milieu hospitalier en fonction de différentes mesures de l’activité de l’établissement. La DDD pour 100 journées d'hospitalisation tient compte de la durée totale des séjours hospitaliers. 

      Méthodologie : Le nombre total de DDD est divisé soit par le nombre total de jours-lit, soit par le nombre total d’admissions pour l’hôpital ou le service observé et la période considérée. Le résultat est ensuite multiplié par 100.

En raison des arrondis, les valeurs peuvent présenter de légères différences d'un graphique à l'autre, ou la somme des pourcentages peut ne pas correspondre exactement à 100 %.

Fermer

Médecine humaine : sources de données

ANRESIS – Données sur l'utilisation des antibiotiques en milieu hospitalier

La consommation d’antibiotiques chez les patients hospitalisés est suivie à partir des données issues d'un réseau d’hôpitaux publics et de cliniques privées de soins aigus participant au système de surveillance ANRESIS sur une base volontaire.

  • Données collectées : selon l’établissement, l’utilisation des antibiotiques est enregistrée soit sous forme de nombre d’emballages délivrés par les pharmacies hospitalières aux services, soit sous forme de données d'administration par patient extraites directement des systèmes d’information cliniques. Les données couvrent les soins hospitaliers dispensés sur l’ensemble des sites hospitaliers ainsi que dans les unités de soins intensifs pour adultes, qui sont comptabilisées séparément.
  • Exclusions : afin d’éviter tout biais structurel, les données excluent explicitement les services ambulatoires, de rééducation, de soins gériatriques de longue durée et de soins psychiatriques de longue durée.
  • Représentativité : la surveillance couvre les hôpitaux de soins somatiques aigus, soit environ 75 sites hospitaliers participants, représentant environ 55 à 60 % de l’ensemble des établissements de soins aigus et 70 à 80 % de l’ensemble des journées d’hospitalisation au fil des années dans toute la Suisse. La couverture des unités de soins intensifs pour adultes représente environ les deux tiers des hôpitaux suisses équipés de lits en soins intensifs.

 

IQVIA™ – Données nationales de ventes

Le suivi national de la consommation d’antibiotiques s’appuie sur des données complètes de ventes de l’industrie pharmaceutique (Sell-In) compilées par IQVIA™.

  • Données collectées : cet ensemble de données quantifie le nombre total d’emballages d’antibiotiques vendus directement par l’industrie pharmaceutique aux réseaux de distribution. Les données couvrent trois canaux : les pharmacies publiques (APO), les médecins délivrant eux-mêmes les médicaments (SD) et les hôpitaux (SPI). Contrairement aux réseaux d’hôpitaux sentinelles, l’ensemble de données IQVIA™ ne se limite pas aux soins aigus. Il inclut des données de distribution couvrant les établissements de réadaptation, les centres gériatriques, les cliniques psychiatriques et certains établissements médico-sociaux.
  • Représentativité : la base de données offre une vue d’ensemble permettant de mesurer la consommation d’antibiotiques au niveau national et dans les différentes régions linguistiques (Suisse alémanique, y compris le Liechtenstein ; Suisse romande ; et Suisse italienne).
     

santéservices ag – Données de facturation de l'assurance-maladie

Le suivi des prescriptions ambulatoires s’appuie sur les données obligatoires de remboursement de l’assurance maladie issues de la base de données « Tarifpool » de santéservices ag. Celles-ci recouvrent les prestations pour lesquelles une facture a été soumise aux assureurs maladie ou directement facturée à ces derniers par le prestataire de soins.

  • Données collectées : le système quantifie le nombre d’emballages d’antibiotiques délivrés sur ordonnance dans les pharmacies publiques, par des médecins dispensants ou dans les services ambulatoires des hôpitaux, et facturés aux assureurs maladie. Le Tarifpool couvrait 85 % de la population soumise à l’assurance obligatoire en 2015, cette couverture s’étendant à plus de 97 % après 2019.
  • Données non saisies : les factures conservées par l’assuré (par exemple en raison d’une franchise élevée) et les factures papier non transmises ne sont pas saisies dans la base de données.
  • Nettoyage des données : les données manquantes ne sont ni complétées ni mesurées. Lorsqu’un écart entre le coût et le nombre d'emballages est détecté (comme dans le cas où le nombre d'emballages a été confondu avec le nombre d’unités contenues dans un conditionnement), le nombre d'emballages est corrigé à l’aide du coût médian pondéré par conditionnement.
  • Extrapolation : les données brutes sont extrapolées en deux étapes : premièrement, pour corriger le fait que le Tarifpool (qui fournit des données au niveau des produits) ne couvre pas tous les assureurs/prestataires, et deuxièmement, pour représentater l’ensemble de la population suisse bénéficiant d’une assurance maladie obligatoire.
  • Standardisation : afin de tenir compte des variations démographiques structurelles entre les populations cantonales, les taux de DDD par 1000 habitants par jour sont directement standardisés en fonction de l’âge et du sexe.

     

Sentinella – Données de surveillance des prescriptions ambulatoires

Les indications de prescription proviennent du réseau suisse de surveillance « Sentinella », un projet collaboratif entre les médecins généralistes, l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) et les instituts universitaires de médecine de famille.

  • Données collectées : les participants remplissent un questionnaire hebdomadaire pour chaque patient à qui ils ont prescrit un antibiotiques. Sont indiqués le nombre de consultations (y compris les consultations en face à face et les visites à domicile) ainsi que leur choix d’antibiotique et l’indication de prescription, tels qu’évalués par le médecin.
  • Exclusions : les observations des membres ayant déclaré de manière irrégulière (c’est-à-dire moins de 39 semaines par an et moins d’une prescription par semaine) ont été exclues. 
  • Représentativité : l’infrastructure de surveillance est assurée par un réseau d’environ 140 médecins généralistes et 25 pédiatres répartis dans toute la Suisse. Même s’il s’agit d’un système volontaire susceptible de sélectionner des médecins présentant un intérêt particulier pour les maladies infectieuses, il est considéré comme représentatif des médecins de premier recours.
Fermer

Médecine vétérinaire : sources de données

IS ABV – Données sur les ventes de produits vétérinaires

Les titulaires d’autorisations de mise sur le marché (TAMM) communiquent régulièrement les chiffres de vente de leurs produits à IS ABV.

  • Saisie des données : chaque produit est enregistré dans IS ABV avec un numéro d’identification unique, son nom commercial, son code ATCvet, les espèces cibles et des informations sur le mode d’administration approuvé. Les prémélanges pharmaceutiques sont répertoriés séparément. L’enregistrement comprend également le nombre d’« unités de base » vendues (par exemple, flacons [y compris le volume], comprimés, injecteurs, tubes ou sachets [y compris le poids]).
  • Calcul : les quantités totales sont calculées en multipliant le volume de principe actif contenu dans chaque unité de base par le nombre d’unités de base vendues. Des filtres combinables (année, code ATCvet, voie d’administration) permettent d’effectuer des requêtes spécifiques. Pour les antibiotiques exprimés en unités internationales, des facteurs de conversion sont appliqués conformément au modèle fourni par le projet «European Surveillance of Veterinary Antimicrobial Consumption» (ESVAC) de l’Agence européenne des médicaments [2]. Chaque titulaire d’une autorisation de mise sur le marché (AMM) examine et approuve ses données, qui sont résumées par préparation et par année. Enfin, les données sont vérifiées par Swissmedic avant leur publication.
  • Inclusions et exclusions : les produits autorisés uniquement à l’exportation sont exclus, car ils ne sont pas utilisés en Suisse et ne contribuent donc pas au développement de la résistance dans le pays. Les modes d’administration suivent ceux utilisés dans des rapports comparables à l’étranger (France, AFSSA ; Royaume-Uni, VMD) : oral, parentéral, intramammaire et topique/externe. La seule distinction possible est celle entre « bétail », « animaux de compagnie » et « mixte », selon les autorisations. Des espèces animales ou des tranches d’âge spécifiques ne peuvent être prises en compte que si elles sont clairement mentionnées dans l’autorisation de mise sur le marché (par exemple, les injecteurs intramammaires pour vaches ou les produits destinés au traitement des porcelets).
     

IS ABV – Données sur les prescriptions vétérinaires

Le système d’information sur les antibiotiques en médecine vétérinaire (IS ABV) recense les prescriptions d’antibiotiques pour les animaux.

  • Représentativité : depuis octobre 2019, les vétérinaires sont tenus de déclarer toutes les prescriptions et ventes d’antibiotiques pour toutes les espèces animales. La base de données permet d’évaluer l’intensité des traitements chez les animaux d’élevage et les animaux de compagnie, et tient compte des différents types de production (par exemple, l’élevage de porcelets ou l’élevage laitier). Elle permet également d’effectuer des comparaisons régionales, nationales et internationales de la consommation d’antibiotiques et de l’intensité des traitements.
  • Saisie des données : la déclaration obligatoire peut s’effectuer via le logiciel du cabinet ou une application locale IS ABV ; les traitements collectifs ne peuvent être déclarés que via l’application. La déclaration via le logiciel de cabinet présente l’avantage que les prescriptions ne doivent être enregistrées qu’une seule fois, au sein du cabinet ou de la clinique vétérinaire. Pour l’évaluation, cela signifie toutefois que deux canaux de déclaration doivent être pris en compte, ce qui constitue une source potentielle d’erreur. La plupart des cabinets et cliniques vétérinaires utilisent le canal du logiciel de cabinet.
  • Qualité des données : les vétérinaires déclarants peuvent vérifier leurs rapports de prescription stockés sur le serveur IS ABV. Un retour d’information régulier sur les données transmises est en place depuis mai 2021, avec un retour mensuel aux vétérinaires et un accès continu des éleveurs à leurs données de consommation personnelles. Seuls les vétérinaires peuvent mettre à jour leurs propres données, et une diminution des taux d’erreur a été observée depuis la mise en place de ce retour d’information. En dernier ressort, la responsabilité de la exactitude des déclarations incombe au vétérinaire.
  • Nettoyage des données : un processus en trois étapes permet d’identifier et d’exclure les valeurs aberrantes. Les premier et deuxième critères d’exclusion sont basés sur la médiane de la quantité déclarée par jour et par animal pour chaque classe d’antimicrobiens, ainsi que sur la forme galénique et le groupe de production : les prescriptions supérieures à 15 fois la médiane et/ou supérieures au 99e centile ont été exclues. Enfin, toutes les prescriptions ont été vérifiées manuellement selon le principe du « double contrôle » afin d’éliminer toute erreur manifeste. Le nettoyage des données n’a concerné que les pénicillines, les tétracyclines et les sulfamides. Au total, 6 557 prescriptions (0,8 % de l’ensemble des prescriptions) ont été exclues des analyses portant sur la quantité de principe actif. Cette procédure n’a pas pu être appliquée au type de prescription « délivrée à partir du stock », car ni la catégorie d’utilisation ni le nombre d’animaux traités ne devaient y être consignés.
Fermer